Nous avons visité l’ “Asservatenkammer”, où sont entreposées les saisies de l’office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires.

À l’issue d’un labyrinthe dans les couloirs d’un bâtiment que l’on ne pourra nommer ici, Bruno Mainini, biologiste, nous fait entrer dans une pièce blanche sans fenêtre : « quand j’aurai ouvert la porte, dépêchez-vous d’entrer un par un et mettez-vous sur la droite. » L’endroit est à l’abri des regards et des visiteurs malvenus : « officiellement, la valeur du contenu de cette pièce est égale à zéro, ce serait illégal de le vendre, et presque impossible en Suisse. » Mais il existe d’autres estimations : « certaines pièces se vendraient à plus de 50'000 francs sur le marché noir, il y en a pour plusieurs millions ici. » Nous ne sommes pas étonnés, entourés par des défenses d’éléphant sculptées, des sacs en peau de crocodile, des châles en laine d’antilope du Tibet…

Selon Bruno Mainini, responsable du secteur conservation des espèces à l’OSAV (Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires), la Suisse n’est pas concernée par le trafic et le commerce illégal d’animaux. Peu de clientèle et trop de frontières en font une destination peu rentable pour ce genre de commerce. La pièce est pourtant bien remplie. Une bonne moitié des marchandises provient en fait du tourisme. Un magnifique coquillage est trouvé sur la plage et, par flemmardise ou par manque d’information, il est expatrié sans autorisation ; il finira dans ces locaux. Les commerçants ne sont pas non plus à l’abri des erreurs : il suffit d’oublier un document pour que les mocassins en peau d’alligator d’origine parfaitement légale finissent dans ce musée de l’oubli. Parfois les douaniers tombent sur des cas atypiques, telle que cette veuve assurant aux autorités de l’aéroport de Genève que l’esprit de son mari se trouve bel et bien dans le crâne de tigre trônant dans ses bagages ; elle ne voyage jamais sans lui. Le groupe CITES (Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction), en collaboration avec le WWF, a d’ailleurs mis en place un service pour les touristes : il suffit d’envoyer une photo de l’objet à cites@blv.ch pour connaître son statut légal.

Bruno Mainini, malgré sa profession, avoue comprendre l’attrait de ces objets lorsqu’il nous présente une ville entière taillée dans la défense d’un éléphant : « c’est un travail magnifique qui ne peut être réalisé que sur de l’ivoire, un matériau unique. » Car il n’oublie pas la dimension sociale et culturelle de l’objet de contrebande : « c’est de l’art, une histoire est racontée. En Chine certains sculpteurs ayant travaillé l’ivoire ont le même statut qu’un Rodin chez nous. »

Texte de Dan Piccinelli
saisies-douane-objets-ivoire-crocodile-peau-wwf
saisies-douane-objets-ivoire-crocodile-peau-wwf
saisies-douane-objets-ivoire-crocodile-peau-wwf
saisies-douane-objets-ivoire-crocodile-peau-wwf
saisies-douane-objets-ivoire-crocodile-peau-wwf
saisies-douane-objets-ivoire-crocodile-peau-wwf
Bruno Mainini, responsable du secteur conservation des espèces à l'OSAV
saisies-douane-objets-ivoire-crocodile-peau-wwf
saisies-douane-objets-ivoire-crocodile-peau-wwf
saisies-douane-objets-ivoire-crocodile-peau-wwf
saisies-douane-objets-ivoire-crocodile-peau-wwf
DIAPORAMA