Plus de Mia Steller
Suite à la votation fédérale de mai 2017, la Suisse a programmé la sortie du nucléaire avec la décision de ne pas construire de nouveaux réacteurs. Néanmoins, la gestion des déchets radioactifs, qui sont entreposés et refroidissent provisoirement dans d’immenses bassins sur les sites des centrales et à Würenlingen dans le canton d’Argovie, reste un problème. La loi sur l’énergie nucléaire stipule que les déchets doivent rester sur le territoire helvétique et, selon les experts, être enfouis dans des dépôts en couches géologiques profondes.

Au cœur du massif granitique des Alpes bernoises se situe le laboratoire souterrain du Grimsel. En activité depuis 1984 sous la gestion de la Société coopérative nationale pour le stockage des déchets radioactifs (Nagra), il s’y déroule différents projets scientifiques. Les groupes de recherche proviennent notamment d'organismes en charge de la gestion des déchets, venant de France, de Suède, de Finlande ou du Japon, ils collaborent et partagent leurs connaissances et leurs résultats obtenus sur le site d’essai du Grimsel. L’un des objectifs actuel de la Nagra, dans le cadre du programme national, est de déterminer le lieu le plus approprié au confinement à long terme des déchets radioactifs.
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Si certains pays décident d’entreposer leurs déchets dans des roches granitiques, les géologues suisses se focalisent désormais sur les couches sédimentaires qui présentent plusieurs avantages. Ceux-ci incluent l’absence de ruissellement d’eau le long de fractures dues aux mouvements tectoniques, ainsi la migration des radionucléides ne peut se produire que par diffusion lente. Étant toutefois sensibles à l’érosion, la profondeur d’enfouissement se doit d’être suffisante, en particulier pour les déchets hautement radioactifs dont l’activité résiduelle peut perdurer jusqu’à un million d’années. Selon le géologue Dr. Ingo Blechschmidt, chef de section du site d’essai du Grimsel, il n’y a pas de roche plus appropriée qu’une autre dès lors que chacune présente ses caractéristiques avec lesquelles il faut composer. La stabilité géologique est bien plus prédictible que la stabilité civile, un bombardement ou une intrusion malveillante dans le dépôt ne pouvant être exclus.

L’une des expériences effectuée sur le site d’essai du Grimsel consiste en des mesures de pression sur la roche grâce à des forages tubulaires d’une quarantaine de mètres. Les chercheurs recueillent aussi des données sur le pH et la composition de l’eau qui est parfois riche en colloïdes : des particules microscopiques qui peuvent se combiner aux radioéléments et modifier leur vitesse de migration. Pour isoler des déchets nucléaires dans la roche naturelle, il faut ajouter des barrières techniques empêchant la fuite de matière radioactive. Les déchets sont enfermés dans un conteneur métallique qui sera coulé dans de la bentonite, un matériau naturel dont le volume augmente lorsqu’il est en contact avec l’eau, ce qui améliore son étanchéité. Les possibles émissions de gaz, provenant de la corrosion de l’enveloppe métallique ou de l’activité de microorganismes, doivent également être examinées. Du sable est ajouté à la bentonite pour permettre la libération de ces gaz et éviter la formation de fissures.
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Étonnamment, la zone la plus radioactive du laboratoire du Grimsel n’est pas la zone contrôlée interdite au public. Dans un autre tunnel, l’uranium naturellement présent dans le granit s’associe à d’autres éléments comme l’oxygène pour former un minéral particulier, la grimselite, qui possède des propriétés fluorescentes sous l’action d’un rayonnement ultraviolet. Ce phénomène ne fait qu’ajouter un peu plus de mystère à l’origine et aux modifications de la croute terrestre, permet de comprendre le présent et de prévoir l’avenir, afin de garantir avec fiabilité la sécurité des générations futures. D’ici 4 à 5 ans, les experts devront se prononcer sur les zones de prédilection pour le stockage des déchets radioactifs helvétiques. La transparence et le dialogue avec les citoyens sont essentiels car, après approbation du Parlement et du Conseil fédéral, le projet sera soumis à la votation populaire.
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